À quoi bon un coaching quand la course est (presque) terminée ?

Dans le monde sportif, cela revient à s’interroger sur l’utilité d’un entraîneur quand l’épreuve est presque terminée ? À première vue, la réponse pourrait sembler évidente : plus à grand-chose à ce stade. Après tout, lorsqu’on approche de la fin d’un marathon, il suffit de franchir la ligne, non ?

Et bien… si l’on posait la question à des sportifs de haut niveau, ils vous diraient probablement que les derniers kilomètres sont souvent les plus stratégiques et les plus déterminants. Je repense à certaines images d’épreuve d’endurance aux JO de Milan-Cortina 2026 ; c’est souvent là que tout se joue : certains y ont trouvé un second souffle et réalisé une performance exceptionnelle. D’autres, à l’inverse, s’effondrent, faute de préparation mentale et physique. Du coup, dans le monde professionnel, qu’est-ce qui explique qu’on entende encore « Pourquoi un coaching (une formation, etc…) quand la retraite approche ? ».

J’ai accompagné l’an dernier un leader qui avait décidé de lancer un coaching d’équipe avec son équipe dirigeante. Après quelques semaines, il m’a annoncé sa décision encore confidentielle de prendre sa retraite quelques mois plus tard ; cette décision n’était pas encore connue du reste de l’équipe.

Voir un dirigeant s’engager de façon pleine et entière en acceptant de se remettre en cause à cette occasion m’a fait beaucoup réfléchir. À l’alliance que le coach crée avec son client (pour la confiance que ce partage témoigne). Au sens de mon métier d’accompagnant (comment en faire un matériau de coaching alors que la confidence est encore de mise). Aux enjeux de la fin de carrière dans le monde du travail (et de l’allongement de la durée de vie professionnelle).

La fin de carrière n’est pas une fin en soi. C’est une étape clé qui mérite autant d’attention, d’énergie et de préparation que les premières années. L’erreur courante consiste à penser que tout est ou a déjà été joué et que c’est, en grande partie, un processus administratif et que cela ne regarde que la personne concernée !

Dans le monde du travail, on a parfois tendance à considérer la fin de carrière comme une simple transition vers la retraite, un moment où il n’y aurait plus grand-chose à apprendre ou à accomplir, comme si c’était un moment de décélération progressive avant l’arrêt de l’activité professionnelle. Pourtant, cette vision est loin de la réalité. Prendre le contrepied, c’est contester cette idée reçue du ralentissement pour lui préférer, au contraire, celle d’accélération.

Il faudrait accélérer car l’expérience accumulée au fil des années constitue un atout incroyable qui est précieux si l’on veut s’en saisir. Le sujet devient alors d’en prendre conscience quand il en est encore temps et de savoir la valoriser en accélérant la capitalisation pour l’entreprise.
Il faudrait accélérer encore car les dernières années professionnelles représentent aussi une opportunité unique de transmettre, d’impacter et de préparer sereinement l’après. C’est un lien entre les générations riche de transmission pour l’organisation.
Il faudrait accélérer toujours car les évolutions du marché du travail exigent une adaptation continue, même en fin de parcours. C’est l’intérêt de l’entreprise que de disposer de salariés au maximum de leurs capacités jusqu’à la fin.

C’est là que le coaching prend tout son sens. Un accompagnement personnalisé permet de transformer cette période en une véritable opportunité, plutôt qu’en un passage obligé.

Je reviens à la métaphore d’ouverture de ce papier : les grands athlètes le savent ; un bon coach ne sert pas seulement à corriger des erreurs. Il permet d’exploiter le plein potentiel du talent. En coaching, travailler en fin de carrière donne plein d’opportunités de réflexion et de mises en action.

DONNER DU SENS À SES DERNIÈRES ANNÉES
Plutôt que d’attendre la retraite passivement, le coaching peut aider à clarifier ses aspirations et à fixer des objectifs concrets. C’est l’occasion de redonner du sens à son quotidien et de transformer cette période en un moment de succès et d’accomplissement. Dès lors que l’on admet que le besoin fondamental de chaque individu est de pouvoir donner du sens à ce que l’on fait alors on permet de construire de la valeur pour le collectif.

VALORISER SON EXPERTISE ET TRANSMETTRE
Après des décennies d’expérience, il serait dommage de laisser ce savoir-faire s’effacer. Le coaching permet d’identifier les meilleures manières de transmettre son expertise, que ce soit à travers du mentorat, de la formation ou d’autres formes de contribution. Le départ non préparé représente une véritable occasion de destruction de valeur pour le patrimoine immatériel de l’entreprise.

GAGNER EN CONFIANCE POUR LA SUITE
La fin de carrière peut parfois s’accompagner d’incertitudes : Et après ? Que vais-je faire ? Dans des postes très sollicitant qui ont occupé beaucoup d’espace, l’estime de soi peut en prendre un coup. Un accompagnement permet de prendre du recul, de travailler sur ses forces et de se projeter dans l’avenir avec sérénité. C’est une autre façon pour l’organisation de s’engager dans sa responsabilité sociale d’employeur en s’occupant de façon résolue de « l’offboarding ».

PRÉPARER UNE TRANSITION RÉUSSIE
Certains souhaitent prolonger leur activité sous une autre forme (consulting, missions ponctuelles, engagement associatif…), d’autres préfèrent un changement radical. J’ai accompagné, en 2025, un dirigeant en coaching individuel qui s’interrogeait : sur son départ ou pas de l’entreprise ? sur une suite professionnelle ou pas (il pouvait ne plus travailler) ? C’est ce questionnement essentiel qui est venu nourrir sa demande et son contrat de coaching. Le coaching l’a aidé à clarifier ces choix, identifier les véritables enjeux, repérer les peurs et les risques et à poser les bases d’une transition réussie et les premiers jalons. Ce client qui a finalement passé le cap en fin de coaching est devenu médiateur un an plus tard et s’en réjouit. Parfois, cela prend plus de temps : je me rappelle d’une directrice de la diversité dans un grand groupe industriel, très investie, qui envisageait un pivot à 360° de sa carrière pour des raisons très personnelles. Le coaching l’a aidé à travailler cette transition, à poser tous les éléments importants pour elle, sans toutefois franchir le pas. Cela lui prendra deux ans mais elle prendra ce nouvel envol en devenant présidente d’une association d’aide à des jeunes en difficultés où elle donne un nouveau sens à son engagement à sa retraite.

Dans leur ouvrage, Fabien Vacheret Anne Vonbank définissent l’expérience collaborateur de la double façon suivante : du point de vue du collaborateur, « Un héritage physique, émotionnel, mental et spirituel de l’ensemble des leçons tirées par le collaborateur dans ses interactions avec l’entreprise et sa culture au regard de sa propre histoire personnelle et professionnelle » et du point de vue de l’entreprise « Une cartographie des interactions avec les collaborateurs organisées et pilotées par l’entreprise et de leurs impacts sur leur engagement. » 1.

Dès lors, on peut admettre que la perspective d’un départ prochain de l’entreprise ne signe pas la fin de cette expérience. La façon dont le collaborateur va être accompagné va laisser des empreintes importantes. C’est ce qu’on appelle souvent l’offboarding désormais.

Le maintien du contact, ou pas, exprime des choses. L’animation d’une communauté d’alumni renforce l’image et l’attachement à son entreprise. On observe même des collaborateurs boomerang, incités à revenir.

Une organisation ou un réseau qui promeut ce type d’accompagnement en fin de carrière marque une identité singulière, affiche des valeurs spécifiques et promeut une culture faite de reconnaissance, de gratitude et de respect à l’égard de ce qui fait, fait et fera sa principale richesse : ses ressources humaines.

Il est temps de changer de perspective : la fin de carrière ne doit pas être une pente descendante, mais un sommet à atteindre.

Alors, posez-vous cette question : pourquoi ne pas faire de cette dernière ligne droite un sprint vers la réussite ?

J’en reviens à la personne qui, sans le savoir, m’a indirectement inspiré cet article. Ce n’était pas un coaching individuel de fin de carrière mais je me dis pourtant que le coaching d’équipe qu’elle avait initié a probablement joué sa part dans sa décision personnelle, consciemment voire inconsciemment. Si je n’ai pas parlé spécifiquement de ce point avec la personne, je ne peux pas m’empêcher de former l’hypothèse que cet accompagnement d’équipe sur plusieurs mois a permis un chemin de croissance collective réassurant, organisé une sorte de fin de parcours de dirigeant balisé et quelque part… facilité sa décision personnelle de partir en retraite… de façon sereine et avec la satisfaction du devoir accompli.

Et si l’on s’en parlait ? https://www.luxinvia.fr/contact/

  1. Fabien Vacheret & Anne Vonbank "Au coeur de l'expérience collaborateur". Éditions EMS, 2021. Page 28 ↩︎
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